Il existe des artistes dont l’œuvre ne se contente pas d’occuper l’espace : elle le transforme, elle l’habite, elle le réenchante. Alain Girelli fait partie de ceux-là. Depuis plus de cinquante ans, cet homme discret, enraciné dans la terre du Var, sculpte, façonne, brûle, assemble et réinvente la matière comme d’autres écrivent des poèmes. Son œuvre n’est pas seulement un geste artistique : c’est une mémoire vivante, un souffle transmis, une manière de dire que la beauté peut surgir de ce que l’on croyait brut, silencieux ou oublié.
Un héritier du surréalisme, mais profondément libre
Girelli n’est pas un artiste isolé. Il est l’un des rares créateurs contemporains à avoir travaillé dans l’atelier de Max Ernst et à avoir collaboré avec Dorothea Tanning. Cette filiation pourrait suffire à définir une carrière. Elle ne fait pourtant que l’ouvrir. Car Alain Girelli n’a jamais cherché à imiter ses maîtres : il a cherché à comprendre ce qui, dans leur geste, relevait de la liberté. Et c’est cette liberté qu’il a faite sienne.
La matière comme langage
Chez lui, le bois n’est pas un matériau : c’est une histoire. Le cade, ce bois méditerranéen dense, odorant, presque sacré, devient sous ses mains un territoire de formes, de courbes, de tensions. Le bronze, l’acier, le béton coloré, les pigments, les poudres, les encens… tout devient prétexte à une exploration. Girelli ne sculpte pas pour représenter : il sculpte pour révéler. Révéler la force du vivant. Révéler la mémoire des paysages. Révéler ce que la matière garde en elle de secret et de sacré.
Un artiste du lien
Dans un monde où l’art se fragmente, se conceptualise, se dématérialise, Alain Girelli fait le choix inverse : il crée du lien. Lien entre les générations, car ses œuvres sont des transmissions. Lien entre les territoires, car elles naissent de la terre et y retournent. Lien entre les publics, car elles parlent autant aux amateurs qu’aux initiés. Lien entre les arts, car il mêle sculpture, peinture, performance, photographie, rituel.
Il est de ces artistes qui ne cherchent pas à occuper la scène médiatique, mais qui occupent la durée. Et la durée, aujourd’hui, lui donne raison.
Un patrimoine vivant
Les œuvres de Girelli sont présentes dans des musées, des écoles, des places publiques, des fondations. Certaines ont été redécouvertes après des décennies, comme si elles attendaient leur heure. Elles ne sont pas des objets figés : elles sont des fragments de paysage, des éclats de mémoire, des morceaux de temps.
Dans une époque qui doute, qui s’agite, qui se déchire parfois, l’art d’Alain Girelli rappelle une évidence : la beauté n’est pas un luxe, elle est un ancrage. Elle est ce qui relie l’homme à la nature, l’individu à la communauté, le présent à l’héritage.
Un artiste à hauteur d’homme
Ce qui frappe chez Girelli, au-delà de l’œuvre, c’est l’homme. Un homme humble, attentif, profondément ancré dans la ruralité, dans le geste, dans la transmission. Un homme qui ne parle pas de l’art comme d’un concept, mais comme d’un travail. Un homme qui ne cherche pas à séduire, mais à partager.
Dans un monde saturé d’images, son œuvre invite à regarder. Dans un monde saturé de bruit, elle invite à écouter. Dans un monde saturé de vitesse, elle invite à respirer.






