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Doctorats honorifiques : l’abus qui discrédite l’institution académique

Dans un monde où l’université devrait demeurer un sanctuaire de rigueur, de savoir et d’intégrité, la prolifération des doctorats honorifiques apparaît comme l’un des symptômes les plus préoccupants de la dérive contemporaine des institutions académiques. Ce qui fut jadis un hommage rare, un honoris causa décerné avec gravité à des esprits ayant marqué durablement la pensée humaine, s’est transformé en un outil de prestige universitaire distribué avec une désinvolture qui confine au scandale.

Le titre honorifique, autrefois réservé à des personnalités dont l’œuvre enrichissait la société, est désormais trop souvent accordé à des figures dont la seule véritable qualité réside dans leur notoriété médiatique. L’abus est manifeste : l’institution académique ne célèbre plus la profondeur d’une contribution intellectuelle, mais exploite la visibilité d’un nom capable de générer du buzz. Cette instrumentalisation du doctorat honorifique révèle une inquiétante confusion entre mérite académique et stratégie de communication institutionnelle.

Le public, peu familier des nuances du système académique, peine à distinguer un doctorat obtenu par la recherche — fruit d’années de travail, de doute, de rigueur méthodologique — d’un titre honoris causa remis lors d’une cérémonie mondaine. Cette confusion nuit gravement à la crédibilité scientifique. Elle permet à certains de se parer d’une légitimité intellectuelle qu’ils n’ont jamais conquise, brouillant la frontière entre expertise authentique et simple capital symbolique.

Pendant ce temps, des milliers de doctorants consacrent leur existence à la production de connaissances nouvelles. Ils travaillent dans des conditions souvent précaires, animés par une passion pour la recherche et un sens profond du devoir intellectuel. Leur contribution réelle au progrès du savoir contraste douloureusement avec la légèreté avec laquelle certains doctorats honorifiques sont distribués. Le décalage est indécent, presque insultant pour celles et ceux qui incarnent la véritable mission de l’université.

Il devient urgent de repenser cette pratique, de la purifier de ses dérives, de restaurer son sens originel. Le doctorat honorifique ne devrait être ni un instrument de relations publiques, ni un accessoire de prestige, ni un moyen d’attirer mécènes et partenaires. Il devrait redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un hommage rare, exigeant, accordé à celles et ceux dont l’œuvre, la pensée ou l’action ont véritablement enrichi l’humanité.

Tant que les universités continueront de céder à la tentation de la visibilité facile, elles trahiront leur vocation première. Redonner au titre honoris causa sa dignité, c’est défendre la valeur du savoir, la probité de la reconnaissance universitaire, et la place essentielle de la recherche scientifique dans notre société. C’est rappeler que la véritable grandeur ne se mesure ni à la célébrité, ni à l’influence, mais à la profondeur d’une contribution authentique au progrès humain

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