Au cœur de la Corne de l’Afrique, loin des circuits balisés et des destinations saturées, le Somaliland s’impose comme l’une des expériences les plus singulières du voyage contemporain. Territoire non reconnu mais étonnamment stable, il offre au visiteur un mélange rare : un patrimoine préhistorique d’exception, des paysages intacts, une hospitalité profonde et une impression d’exploration que peu de pays peuvent encore offrir. Dans ce décor minéral et lumineux, deux lieux incarnent à eux seuls la richesse du tourisme au Somaliland : la grotte de Laas Geel et la ville côtière de Berbera.
À une heure d’Hargeisa, la capitale, les collines arides laissent soudain apparaître l’un des sites rupestres les mieux conservés d’Afrique : Laas Geel. Découvert en 2002, ce sanctuaire préhistorique dévoile des peintures vieilles de plus de 5 000 ans, représentant des bovins sacrés, des silhouettes humaines et des scènes rituelles d’une finesse étonnante. Pour les archéologues, Laas Geel est un trésor scientifique ; pour le voyageur, c’est une révélation. Le lieu, préservé du tourisme de masse, offre une immersion rare dans un passé intact, où l’on marche en silence sous les voûtes rocheuses comme dans un temple oublié. Le patrimoine rupestre du Somaliland y atteint une intensité presque mystique.
Plus à l’est, la route s’ouvre sur la côte et sur Berbera, ville maritime baignée par les eaux turquoise de la mer Rouge. Ancien carrefour commercial entre l’Arabie et l’Afrique, Berbera conserve un charme suranné : maisons ottomanes aux façades délavées, mosquées anciennes, ruelles sablonneuses où flotte l’odeur du sel et du vent chaud. Les voyageurs y viennent pour ses plages désertes, sa plongée sous‑marine dans des eaux encore vierges, et cette atmosphère lente et lumineuse qui donne l’impression d’un monde suspendu. Berbera est un secret bien gardé, une destination confidentielle où le temps semble se retirer pour laisser place à la lumière.
Le tourisme au Somaliland reste volontairement discret. L’absence de reconnaissance internationale limite les infrastructures, mais protège aussi l’authenticité du pays. Ceux qui s’y rendent évoquent une sécurité étonnante, une hospitalité profonde et un sentiment d’exploration devenu rare dans un monde saturé d’images. Le Somaliland mise désormais sur un tourisme culturel et responsable, centré sur son patrimoine, ses paysages et sa stabilité relative — un pari audacieux dans une région souvent associée à l’instabilité.
Voyager au Somaliland n’est pas un simple déplacement géographique. C’est une immersion dans un territoire qui se construit hors des projecteurs, un pays qui cherche à exister par la force de sa culture, de sa paix et de sa dignité. Entre les peintures millénaires de Laas Geel, les rivages immenses de Berbera et la douceur inattendue d’Hargeisa, le voyage au Somaliland devient une expérience singulière, où l’histoire, la géopolitique et l’humanité se rencontrent. Un pays invisible sur les cartes, mais intensément réel dans l’expérience — et peut‑être l’une des dernières destinations authentiques de notre époque.






