Société Générale signe en 2025 une performance qui tranche nettement avec le paysage bancaire européen, encore marqué par la prudence et la fragmentation stratégique. Le groupe français, acteur majeur du secteur bancaire, affiche des résultats financiers qui dépassent non seulement ses propres objectifs, mais aussi les attentes du marché. Le document interne est explicite : « Revenus records à 27,3 Md EUR en 2025, en forte hausse de +6,8% vs. 2024 » et « Résultat net part du Groupe de 6,0 Md EUR en 2025, +43% vs. 2024 ». Pour une banque qui a passé une décennie à rationaliser ses activités, céder des actifs et renforcer son bilan, ces résultats 2025 marquent un tournant stratégique.
La progression simultanée des revenus, de la rentabilité et du capital place Société Générale parmi les banques européennes les plus performantes cette année. Le coefficient d’exploitation tombe à 63,6 %, sous la cible fixée, tandis que le coût du risque reste contenu à 26 points de base. La rentabilité, mesurée par un ROTE de 10,2 %, franchit un seuil symbolique dans un environnement où les banques européennes peinent à dépasser durablement les 8 %. Cette amélioration de la performance financière intervient dans un contexte de normalisation des taux et de concurrence accrue sur les marchés financiers.
La dynamique commerciale apparaît plus équilibrée que par le passé. La banque de détail en France, segment souvent jugé mature, surprend par sa vigueur : la marge nette d’intérêt progresse nettement, les encours d’assurance vie atteignent des niveaux historiques, et BoursoBank continue d’étendre son empreinte avec 575 000 nouveaux clients sur le trimestre. À l’international, les activités de mobilité et de services financiers affichent une croissance robuste, tandis qu’Ayvens confirme son rôle de moteur avec une hausse de 15 % de ses revenus. La banque de grande clientèle, malgré un recul des activités de marché, maintient une dynamique solide dans le financement, l’origination et les services aux investisseurs. L’ensemble compose un tableau plus homogène que par le passé, réduisant la dépendance aux activités de marché qui caractérisait autrefois le groupe.
La politique actionnariale constitue un autre signal fort. La distribution totale de 4,7 milliards d’euros, dont 2 milliards en rachats exceptionnels, témoigne d’une confiance renouvelée dans la capacité du groupe à générer durablement du capital. Le ratio CET1 à 13,5 %, soit 320 points de base au‑dessus des exigences réglementaires, confirme cette solidité. Dans un secteur où les banques européennes sont régulièrement critiquées pour leur sous‑valorisation boursière, cette stratégie de distribution aux actionnaires pourrait contribuer à rééquilibrer la perception du marché et renforcer l’attractivité du titre Société Générale.
L’ambition affichée pour 2026 renforce cette impression de changement de régime. Le groupe vise une croissance des revenus supérieure à 2 %, une baisse des coûts d’environ 3 %, un coefficient d’exploitation inférieur à 60 % et un ROTE dépassant 10 %. La consolidation de Bernstein aux États‑Unis dans les activités de marché, prévue en 2026, illustre la volonté de renforcer la présence internationale du groupe et d’améliorer sa compétitivité sur les marchés financiers mondiaux.
Au‑delà des chiffres, c’est la tonalité du discours qui interpelle. Le directeur général évoque « une étape déterminante dans la transformation du Groupe », tandis que le président du conseil salue « une performance supérieure aux attentes dans tous les métiers ». Ce langage, plus affirmatif, tranche avec les années de prudence et de restructuration. Société Générale semble avoir retrouvé une cohérence stratégique, une discipline interne et une ambition qui lui faisaient défaut depuis plus d’une décennie.
Les résultats 2025 ne sont pas seulement bons : ils repositionnent Société Générale dans le paysage bancaire européen. La banque démontre qu’elle peut conjuguer croissance des revenus, maîtrise des coûts, solidité du capital et rentabilité durable. Elle montre aussi qu’elle est capable de tenir — voire dépasser — ses engagements. Reste à savoir si cette dynamique pourra s’inscrire dans la durée. Mais pour la première fois depuis longtemps, Société Générale aborde l’année suivante non pas en rattrapage, mais en avance






