Il est des trajectoires qui, par leur rapidité et leur densité, semblent condenser les tensions d’une époque. Celle de Sarah Knafo appartient à cette catégorie. À trente‑et‑un ans, la jeune magistrate devenue stratège politique s’est imposée comme l’un des visages les plus scrutés de la droite française. Non par un coup d’éclat, mais par une succession de mouvements précis, méthodiques, qui témoignent d’une intelligence politique rare et d’une capacité singulière à occuper les interstices d’un paysage en recomposition.
Une formation d’élite, matrice d’une ambition assumée
Née en 1993 aux Pavillons‑sous‑Bois, Sarah Knafo appartient à cette génération qui a grandi dans une France déjà traversée par les fractures identitaires et sociales que l’on voit aujourd’hui s’exacerber. Son parcours académique — Panthéon‑Sorbonne, Sciences Po, ÉNA — la place au cœur de la haute administration. En 2020, elle devient magistrate à la Cour des comptes, intégrant l’un des corps les plus prestigieux de la République. Ce passage par l’institution lui confère une légitimité technique qui tranche avec son âge et lui offre une compréhension intime des mécanismes de l’État.
Mais très vite, la jeune femme délaisse la neutralité administrative pour l’arène politique, où elle déploie une énergie et une acuité stratégique qui surprennent jusqu’à ses adversaires.
De l’ombre à la lumière : la stratège devenue actrice
En 2022, elle dirige la campagne présidentielle d’Éric Zemmour. Compagne du candidat, mais surtout architecte de sa stratégie, elle apparaît comme l’un des cerveaux du mouvement Reconquête. Son rôle dépasse alors largement celui d’une conseillère : elle structure, organise, fédère, négocie. Elle impose un style — calme, précis, implacable — qui tranche avec l’agitation permanente du champ politique.
Aux élections européennes de 2024, elle franchit un seuil décisif : élue députée européenne, elle siège désormais au Parlement de Strasbourg, au sein du groupe L’Europe des nations souveraines. Elle n’est plus seulement une stratège de l’ombre ; elle devient une voix identifiable, une figure qui incarne un courant, une génération, une manière de penser la France et l’Europe.
Une centralité nouvelle dans la droite française
La droite française, fragmentée, hésitante, en quête de leadership, voit émerger en elle une figure capable de tenir ensemble technicité, idéologie et stratégie. Son influence croissante ne tient pas seulement à son parcours, mais à sa capacité à lire les lignes de fracture du pays : crise de confiance envers les élites, inquiétudes identitaires, fatigue démocratique, aspiration à une forme de restauration de l’autorité.
Dans ce contexte, Sarah Knafo apparaît comme l’un des pôles de stabilité d’un camp en recomposition. Elle incarne une droite qui se veut intellectuelle, structurée, offensive, et qui cherche à se doter de nouveaux visages.
Une question qui circule déjà
À mesure que son nom s’impose, une interrogation revient, parfois sérieuse, parfois provocatrice : quel rôle pourrait jouer Sarah Knafo dans les années à venir, au sein d’une droite en quête de figure tutélaire.
Cette question ne prédit rien ; elle dit simplement la place qu’elle occupe désormais dans l’imaginaire politique français. Elle révèle aussi une réalité : Sarah Knafo n’est plus seulement une conseillère ou une tacticienne, mais une personnalité dont on envisage — ou redoute — l’ascension.
Une trajectoire à suivre, un style déjà installé
Qu’on la soutienne ou qu’on la combatte, Sarah Knafo s’est imposée comme une actrice majeure de la vie politique contemporaine. Son style — mélange de froide détermination, de maîtrise technique et de sens aigu des rapports de force — lui confère une singularité dans un paysage saturé de communication et de postures.
Il est trop tôt pour dire ce que sera son rôle demain. Mais il n’est plus possible d’ignorer la dynamique qu’elle incarne aujourd’hui. Dans une France traversée par le doute, elle représente une forme de certitude : celle d’une génération qui entend peser sur l’avenir du pays.






