Accueil / Social / Libertés fragilisées en France : analyse — par David Fayon

Libertés fragilisées en France : analyse — par David Fayon

Illustration symbolisant la fragilisation des libertés fondamentales en France et en Europe, entre enjeux démocratiques, sécuritaires et numériques.

La liberté, au cœur de notre devise républicaine aux côtés de l’égalité et de la fraternité, constitue l’un des piliers de toute démocratie. Elle se décline à la fois dans la sphère individuelle et dans la vie collective.

Pourtant, ces libertés semblent aujourd’hui fragilisées. On peut légitimement s’interroger sur l’existence d’une pente glissante en France et en Europe, au point de se demander si, au rythme actuel, la liberté ne risque pas de devenir une parenthèse dans l’histoire de l’humanité. D’aucuns parlent même de démocrature et se demandent à quoi sert le droit de vote puisque celui-ci n’est pas respecté. Le dernier référendum en date du 29 mai 2005 portant sur le projet de traité de l’Union européenne où le Non l’a emporté à 55 % l’atteste.

Souvent, les restrictions sont introduites au nom de causes légitimes — protection des mineurs, lutte contre le blanchiment, sécurité. Mais ces mesures finissent parfois par toucher l’ensemble de la population, tandis que ceux qui devraient être ciblés trouvent des moyens de contourner les règles. Cela revient à imposer une forme de punition collective, qui pèse surtout sur les plus vulnérables.

Par ailleurs, certaines décisions prises au niveau européen (Commission européenne) ou national suscitent des inquiétudes quant à leur impact potentiel sur les libertés publiques. Le rythme et la portée de ces mesures interrogent, d’autant plus dans un contexte politique marqué par une perte de confiance. Ainsi le Gouvernement français dont le président a été désavoué à la suite de sa dissolution ratée en 2024 a pourtant fait passer des mesures réduisant nos libertés. Et au niveau communautaire, il n’y a pas eu de moratoire pour le Mercosur qui fragilise pourtant nos agriculteurs et les peuples n’ont pas été entendu.

Il arrive également que certaines mesures présentées comme nécessaires pour la sécurité se révèlent, avec le recul, de fausses bonnes idées. On peut citer, par exemple, la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires ou encore la prolifération de ralentisseurs parfois dangereux et susceptibles d’endommager les véhicules, même à faible vitesse. Leur suppression, lorsqu’elle intervient, a un coût qui est répercuté sur les citoyens, alors même que les décideurs à l’origine de ces restrictions ne sont, pour leur part, jamais tenus responsables de leurs conséquences.

On pourrait ainsi citer :

  1. Les libertés fondamentales

La liberté d’expression et d’opinion. Le DSA impose aux plateformes une obligation de modération des contenus jugés illégaux, assortie d’exigences de transparence algorithmique et d’audits. Les sanctions peuvent aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Elles sont dissuasives et entraînent une sur-modération des contenus qui s’opère au détriment notamment des lanceurs d’alerte et de la publication de signaux faibles. Par ailleurs l’Arcom peut ordonner le blocage de certains médias et réseaux sociaux alors même que sa composition est politiquement non neutre. S’ajoutent des projets comme Chat Control qui prévoient le scan des messages échangés, avec un risque potentiel pour les messageries chiffrées (de type WhatsApp ou Signal), ce qui est une menace à l’encontre de la vie privée et où par ailleurs des échanges industriels secrets peuvent être opérés. On pourra noter que le réseau social X, qui permet d’avoir de l’information sur l’actualité en continu, est souvent dans le viseur des autorités européennes car il dérange. En effet, il est détenu par le controversé milliardaire américain Elon Musk. Pour autant le pluralisme s’exprime sans filtre avec toutefois l’existence de notes communautaires où chacun peut être acteur pour avertir le lecteur quant aux informations jugées problématiques.

La liberté de la presse. Des subventions publiques accordées aux médias traditionnels peuvent inciter à une certaine prudence éditoriale et limiter les critiques à l’égard des institutions y compris auprès des journalistes d’investigation par crainte de représailles. À l’inverse, des médias alternatifs abordent des sujets peu traités ailleurs ou lancent des alertes. Toutefois, le qualificatif de complotiste est parfois utilisé trop rapidement pour disqualifier des analyses ou des faits qui s’écartent de la ligne dominante, la doxa.

La liberté de conscience et de religion. On observe une multiplication de territoires qualifiés de « perdus de la République », selon l’expression du général Bertrand Soubelet. Ils sont marqués par l’essor des trafics de stupéfiants (1 million de consommateurs de cocaïne en France, 5 millions pour le cannabis) et parallèlement par un prosélytisme religieux accru, notamment l’islam radical. Cela s’accompagne d’une résurgence de l’antisémitisme et, dans certains quartiers, d’une pression sociale qui conduit des femmes — y compris agnostiques ou athées — à adopter des tenues couvrantes pour éviter remarques, tensions et même agressions physiques ou sexuelles.

  • Les libertés civiques et judiciaires

La liberté à un procès équitable. La lenteur de la justice fragilise la confiance dans l’institution. La France a du reste déjà été condamnée par la CJCE pour sa lenteur. Certaines décisions donnent parfois le sentiment d’une empathie plus marquée pour l’agresseur que pour la victime. En outre la parité est très loin d’être assurée à l’Ecole nationale de la magistrature. Ce déséquilibre perçu pousse certaines personnes agressées à envisager de se faire justice elles‑mêmes, ce qui est problématique dans un État de droit.

La liberté de vote et de participation démocratique. Curieusement, c’est la seule liberté qui demeure intacte. Pourtant, on pourrait légitimement s’interroger sur l’opportunité d’exiger un casier judiciaire vierge et un test de non‑consommation de stupéfiants pour les parlementaires comme il est demandé pour servir au sein des Armées. Or ceux-ci bénéficient d’une immunité une fois élus.

  • Les libertés économiques et sociales

La liberté de circulation. Le projet de ZFE, qui n’a pas été abandonné malgré les votes des parlementaires, introduit une discrimination entre conducteurs selon leur capacité à acquérir un véhicule plus récent et plus coûteux. Pour autant, certains véhicules anciens peuvent émettre bien moins de CO2 qu’un véhicule électrique selon l’usage et leur cycle de vie. Ce dernier induit par ailleurs une dépendance à la Chine et participe à notre désouveraineté industrielle. Un mouvement en riposte a été lancé par l’écrivain Alexandre Jardin, Les gueux, qui se bat pour éviter que les dirigeants actuellement au pouvoir considèrent et respectent les plus petits.

La liberté de paiement. L’EUDI Wallet ou identité numérique européenne, prévoit que chaque pays de l’Union européenne mette à disposition une application qui regroupe tel un couteau-suisse, carte d’identité, permis de conduire, diplômes et autres documents officiels. Présentée comme facultative dans un premier temps à l’image du vaccin expérimental contre la Covid, ce dispositif deviendrait obligatoire pour accéder à certains services indispensables (banques, administrations). Cette centralisation est d’autant plus inquiétante que des cyberattaques se multiplient avec des données personnelles, des identifiants bancaires et des mots de passe qui sont proposés à la vente sur le darknet. Parallèlement l’AMLR, en préparation pour la lutte contre le blanchiment de l’argent, pourrait restreindre le paiement par cash qui constitue une liberté individuelle tout comme le paiement par chèque. S’ajoute la directive DAC8 pour les crypto taxes, entrée en vigueur en janvier 2026, qui impose la collecte des données KYC et des transactions liées aux crypto‑actifs. L’anonymat des crypto‑monnaies n’est désormais plus possible. Cette traçabilité accrue, combinée à des fuites de données, a entraîné une hausse des agressions violentes ciblant des détenteurs identifiés de crypto‑actifs parfois à leur domicile ou sur leur lieu de travail.

La liberté de travailler. Elle est elle aussi fragilisée. Les chauffeurs‑livreurs et travailleurs de plateformes disposent d’une protection juridique limitée. C’est le credo du chercheur Antonio Casilli. Le statut de micro‑entrepreneur, déjà fragilisé depuis sa création, est de plus en plus contraint. Les IA génératives, quant à elles, bouleversent à la fois les cols bleus et les cols blancs, accentuant une précarité du travail.

  • Le droit à un environnement sain

Même s’il ne s’agit pas d’une liberté au sens strict, la dégradation environnementale liée aux changements climatiques est réelle, alors même que la France contribue à moins de 1 % des émissions mondiales grâce à son mix énergétique favorable (nucléaire). On assiste parallèlement à une forme d’écologie punitive — taxer/interdire/punir/culpabiliser— illustrée par le PPE3, qui renchérit fortement le coût de l’électricité. Dans le même temps, la hausse du prix du pétrole pourrait se poursuivre dans un contexte géopolitique tendu entre l’Iran, les États‑Unis et Israël.

Dans ce contexte, il devient essentiel de se former et de s’informer avec rigueur afin de défendre les libertés fondamentales en pleine conscience, sans tomber ni dans le dogmatisme ni dans le suivisme aveugle. La lucidité, l’esprit critique et la vigilance citoyenne restent nos meilleurs remparts pour préserver ce qui a été long à conquérir et pourrait se perdre rapidement.

Ce discernement repose sur une culture générale solide, une capacité à adopter une approche globale (holistique) et à approfondir les informations lorsque les enjeux l’exigent. S’informer est notamment un préalable indispensable pour voter en connaissance de cause et permettre à chacun d’être représenté de manière éclairée.

Cultiver cette exigence intellectuelle, c’est contribuer activement à la vitalité démocratique.

David Fayon (expert du numérique, www.davidfayon.fr) vient de publier le livre Informez-vous ! chez L’éditeur à part (https://urlr.me/azWRP2)

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You don't have permission to register
error: Content is protected !!