La reconnaissance du Somaliland par Israël, officialisée discrètement le 26 décembre, dépasse largement le cadre d’une simple reconnaissance diplomatique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste, où la géopolitique de la mer Rouge, la sécurité des routes maritimes et les alliances stratégiques dans la Corne de l’Afrique jouent un rôle déterminant. Dans une région où les tensions s’accumulent — attaques houthies, influence iranienne, rivalités du Golfe — Israël avance un pion décisif, assumant une politique étrangère fondée sur la lucidité plutôt que sur l’illusion.
La scène, soigneusement tenue à l’écart des caméras, révèle la sensibilité du dossier. Lorsque le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, atterrit à Jérusalem en octobre, il est accueilli par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le chef du Mossad David Barnea et le ministre de la Défense Israël Katz. Une telle configuration, rare et hautement symbolique, montre que ce rapprochement touche au cœur de la stratégie israélienne en Afrique et à la maîtrise des enjeux stratégiques de la mer Rouge.
Pour Israël, la logique est implacable. La mer Rouge, corridor vital reliant la Méditerranée à l’océan Indien, est devenue un espace de confrontation indirecte : attaques contre les navires, montée en puissance des milices régionales, présence iranienne croissante. Dans ce contexte, s’appuyer sur un partenaire stable, pro‑occidental et désireux de reconnaissance internationale constitue un avantage majeur. Le Somaliland, doté d’un littoral stratégique face au Yémen, apparaît comme un acteur fiable dans une région où la crise somalienne fragilise l’ensemble du système politique.
Cette décision s’inscrit dans une vision plus large de la politique étrangère israélienne, qui cherche à consolider des points d’appui dans les zones sensibles. Loin d’être une provocation, la reconnaissance du Somaliland répond à une nécessité : sécuriser les voies maritimes, anticiper les risques et contrer l’influence de puissances hostiles. Dans la géopolitique Israël‑Somaliland, ce rapprochement apparaît comme un mouvement rationnel, presque mécanique.
Pour le Somaliland, l’enjeu est tout aussi crucial. Obtenir une reconnaissance internationale constitue une étape historique après plus de trente ans d’isolement. L’accord avec Israël lui offre une visibilité nouvelle, une légitimité accrue et une place dans les relations Israël‑Afrique que peu d’États étaient prêts à lui accorder. Dans une région marquée par les tensions en mer Rouge et les rivalités régionales, cette alliance lui permet de se distinguer comme un acteur souverain, capable de coopérer sur les questions de sécurité maritime et de stabilité.
Certes, cette décision suscite des critiques. Mais il faut rappeler que la stabilité de la Corne de l’Afrique ne se construit pas en s’alignant sur les fragilités d’un État failli. Elle se construit en identifiant des partenaires fiables, capables d’assurer la sécurité de leurs frontières, de leurs ports stratégiques et de leurs infrastructures. Sur ce point, le Somaliland présente un bilan bien plus solide que nombre de ses voisins.
En scellant ce rapprochement discret, Israël ne cherche pas à provoquer, mais à protéger : protéger ses routes maritimes, protéger ses intérêts stratégiques, protéger un équilibre régional déjà mis à rude épreuve. Dans une région où chaque décision diplomatique est lourde de conséquences, celle‑ci apparaît moins comme une rupture que comme une clarification. Israël assume désormais ouvertement une stratégie d’ancrage dans la géopolitique de la mer Rouge, où le Somaliland devient un partenaire clé.






