À l’orée de l’année 2026, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a articulé deux gestes politiques d’une portée singulière : un discours de vœux empreint d’une rare gravité morale et l’annonce d’un nouveau gouvernement, marquant la fin de la Transition et l’ouverture d’une phase inédite de la vie publique gabonaise. Ces deux séquences, loin d’être disjointes, dessinent les contours d’une ambition plus vaste : refonder à la fois les pratiques du pouvoir et l’architecture institutionnelle de l’État.
Dans son adresse à la Nation, le Chef de l’État a livré un diagnostic sans complaisance des dérives qui, selon lui, minent la République gabonaise. Il a dénoncé l’arrogance de certains responsables, les replis identitaires, le tribalisme revendiqué, ainsi que la confusion persistante entre service public et intérêts privés. En fustigeant une culture politique fondée sur l’accaparement des ressources — résumée par la formule glaçante « aujourd’hui, c’est notre tour, on prend tout » — il entend rompre avec des pratiques anciennes et affirmer une éthique du pouvoir fondée sur la loyauté, l’abnégation et le désintéressement.
Au cœur de cette vision, la jeunesse gabonaise occupe une place centrale. Le Président la désigne comme la véritable richesse nationale, l’invitant à refuser les manipulations identitaires et les logiques de ressentiment pour s’engager dans l’effort, l’innovation et le mérite. L’avenir du pays, affirme-t-il, ne saurait se construire ni dans la nostalgie d’un passé révolu, ni dans la déstabilisation permanente, mais dans une dynamique de responsabilité et d’élévation.
Cette exigence morale trouve un écho dans la recomposition gouvernementale annoncée le 1ᵉʳ janvier 2026. Après plusieurs semaines d’attente, Oligui Nguema a dévoilé une équipe d’une trentaine de ministres, marquée par la promotion d’Hermann Immongault et l’éviction inattendue d’Henri‑Claude Oyima. La nomination d’un nouveau vice‑président chargé du gouvernement parachève cette réorganisation, qui symbolise la fin de la Transition et l’entrée dans une nouvelle ère politique.
Ainsi, entre discours républicain, réformes institutionnelles et recomposition du pouvoir exécutif, le Président semble vouloir inscrire son action dans une double dynamique : moraliser la vie publique et redéfinir les équilibres du pouvoir. Deux chantiers qui, s’ils convergent, pourraient durablement transformer le paysage politique gabonais.






