Ça continue. Le gouvernement vient de donner son feu vert à la vente de l’entreprise d’armement LMB, en Corrèze, aux États‑Unis. Il prétend avoir imposé des conditions pour protéger la défense nationale. Soyons sérieux : c’est un gag. Les Américains savent parfaitement se délier de leurs engagements. Cette naïveté française est une faute impardonnable.
Hier, j’ai publié un message pour dénoncer cette décision. Le gouvernement assure avoir prévu des garde‑fous pour préserver nos intérêts stratégiques. Mais nous ne sommes pas le 1er avril : cela ressemble bel et bien à une mauvaise plaisanterie. Les États‑Unis sont passés maîtres dans l’art de contourner les obstacles, et notre histoire récente avec eux devrait suffire à nous rendre prudents.
Une vérité demeure : « Jamais de confiance dans l’alliance avec un puissant », nous rappelle Phèdre.
Comme si cela ne suffisait pas, un ami m’a transmis un état des lieux édifiant de notre industrie de l’armement léger (pistolets, fusils). Le constat est accablant.
- Verney‑Carron, dernier fabricant français d’armes légères (Saint‑Étienne, 1820), a frôlé la faillite : 9 millions de chiffre d’affaires, 8 millions de dettes. Repris in extremis en 2019 par une PME francilienne. L’entreprise avait candidaté pour équiper l’armée française en fusils d’assaut : c’est l’Allemand Heckler & Koch qui a été choisi. Verney‑Carron n’avait pas la taille critique.
- La France ne produit plus d’armes légères depuis la disparition de la Manufacture d’armes de Saint‑Étienne, fondée sous Louis XIV. Pas même les munitions.
- En cas de conflit, nous ferions comme pour les masques : commande à l’étranger.
- Les pièces de rechange du char Leclerc viennent de Chine. Les munitions, d’Israël.
- Les pistolets Sig‑Sauer SP 2022 des forces de l’ordre sont fabriqués en Allemagne, sous licence suisse.
- Le fabricant Manurhin a été cédé en 2018 au groupe de défense des Émirats arabes unis (EDI).
- Les balles de nos armes militaires sont désormais importées : plus aucune production nationale.
- L’Armée de Terre utilise des fusils allemands HK416 et des pistolets autrichiens Glock 17.
Face à ce tableau, une question s’impose : Sommes‑nous en train de revivre “l’étrange défaite” décrite par Marc Bloch ?






