Homme politique allemand de premier plan, Ernst Karl Julius Albrecht (1930‑2014) demeure l’une des personnalités les plus marquantes de la CDU et de la vie politique de la Basse‑Saxe. Ministre‑président pendant quatorze ans, acteur essentiel de la construction européenne, il incarne une génération pour laquelle l’État, la stabilité et l’intégration européenne constituaient les piliers d’un renouveau démocratique après la guerre.
Un héritier de la bourgeoisie hanovrienne
Issu d’une famille appartenant à la haute bourgeoisie commerçante de Hanovre, les hübsche Familien, Albrecht grandit dans un environnement où se mêlent tradition civique, culture humaniste et sens du devoir. Après des études de philosophie, de théologie, puis de droit et de sciences économiques, il s’inscrit dans la lignée de ces responsables politiques allemands formés à la rigueur intellectuelle et à la responsabilité publique.
Un acteur clé de la construction européenne
Dès 1954, Albrecht rejoint les institutions européennes à Bruxelles. Il participe à la rédaction du Traité de Rome, travaille au sein de la Communauté économique européenne (CEE) et devient, en 1967, directeur général de la Concurrence. Cette trajectoire européenne, souvent méconnue, fait de lui l’un des artisans du Marché commun et un défenseur précoce de l’intégration économique européenne.
L’ascension politique en Basse‑Saxe
À la fin des années 1960, il rejoint la CDU de Basse‑Saxe et entre au Landtag en 1970. En 1976, dans un contexte politique instable, il est élu ministre‑président de Basse‑Saxe, devenant le premier chrétien‑démocrate à diriger ce Land. Cette élection inattendue marque le début d’un long cycle de pouvoir qui fera de lui l’un des dirigeants régionaux les plus influents de la République fédérale.
Un long règne marqué par des choix décisifs
De 1978 à 1990, Albrecht domine la vie politique régionale. Sous son autorité, la CDU obtient la majorité absolue, modernise l’administration et adopte des décisions audacieuses : accueil des boat‑people vietnamiens en 1979, opposition au projet fédéral de centre de déchets nucléaires à Gorleben, renforcement du rôle régional de la Norddeutscher Rundfunk (NDR). Sur la scène fédérale, il devient vice‑président de la CDU et figure parmi les candidats potentiels à la chancellerie allemande en 1980.
Crises, scandales et déclin politique
Les années 1980 voient émerger plusieurs controverses, dont l’affaire de la brèche de Celle, qui fragilise son autorité. La privatisation des casinos du Land accentue encore les tensions. En 1990, il est battu par Gerhard Schröder, futur chancelier, mettant fin à quatorze années de pouvoir ininterrompu.
Un retrait discret et une postérité européenne
Après son départ, Albrecht rejoint le secteur privé et conseille plusieurs gouvernements étrangers. Sa vie personnelle est marquée par des drames familiaux et, à partir de 2003, par la maladie d’Alzheimer. Son héritage politique trouve un prolongement inattendu : sa fille Ursula von der Leyen, ancienne ministre fédérale, est élue en 2019 présidente de la Commission européenne, perpétuant l’engagement européen de la famille Albrecht.






