Après 1945, l’Union européenne s’engage dans plusieurs actions menées par l’OTAN, notamment en Bosnie et au Kosovo. En 1998, la sécurité commune se renforce. Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 bouleverse l’équilibre stratégique européen et rappelle que la sécurité du continent reste fragile. Dans le même temps, plusieurs conflits meurtriers marquent l’histoire récente : la guerre Iran‑Irak dans les années 1980, les violences au Kivu en République démocratique du Congo, ou encore les crises persistantes dans la Corne de l’Afrique — Soudan, Éthiopie‑Érythrée, Somalie. Ces foyers d’instabilité influencent directement la géopolitique européenne.

La Russie multiplie également les ingérences étrangères en Europe et en Afrique, notamment via le groupe Wagner. Les cyberattaques, les sabotages de câbles sous‑marins et l’assassinat d’opposants réfugiés à l’étranger s’ajoutent à une stratégie de guerre hybride. Moscou menace même d’envahir des pays voisins, comme les États baltes, en s’appuyant sur des minorités russophones déplacées sous l’ex‑URSS. Par ailleurs, l’instabilité de nombreux pays africains, l’activité des groupes islamistes au Sahel et la pression démographique créent un enjeu géostratégique majeur pour l’Europe.
Une course aux armements qui s’intensifie
La course aux armements s’accélère. Des missiles hypersoniques atteignent 8 600 km/h. Les drones — simples, bon marché ou très évolués — se multiplient. Les avions furtifs complètent un arsenal coûteux, engagé avec prudence sur les théâtres d’opération. La guerre en Ukraine met en lumière trois priorités essentielles pour la défense européenne :
- la mobilité et la furtivité des troupes et des équipements, sur terre, en mer, dans les airs et dans l’espace ;
- le renseignement et la cybersécurité, indispensables pour désorganiser l’adversaire et contrer les attaques numériques ;
- des armes agiles, peu coûteuses et disponibles en grand nombre, comme les drones militaires.
Cet arsenal doit s’adapter en permanence. Il repose encore sur des munitions hétérogènes et insuffisantes en Europe. Malgré les efforts engagés depuis trois ans, le rythme reste insuffisant. Les systèmes défensifs progressent eux aussi. Ils limitent l’impact des missiles, roquettes et drones, souvent envoyés — par la Russie ou l’Iran — contre des populations civiles. L’intelligence artificielle améliore l’efficacité de ces technologies de défense.
Stratégie, alliances et incertitudes
Face à cette accélération, les débats stratégiques se multiplient. Dès 1963, le général Beaufre propose une vision moderne de la stratégie militaire, analysée plus tard par le général Henri Pierre (éd. Perrin). La stratégie vise à dissuader un ennemi potentiel, à réduire sa capacité de nuisance et à maintenir une incertitude sur la réponse en cas de menace aggravée. L’opération Overlord en 1944 reste un exemple de tromperie stratégique réussie.
Au‑delà des moyens militaires, un commandement unifié coordonne les actions et dialogue avec les autorités politiques. Aujourd’hui, un haut responsable américain pilote l’OTAN. Mais cette organisation reste‑t‑elle adaptée, alors que le découplage entre les États‑Unis et l’Europe s’est accentué depuis le premier mandat de Donald J. Trump ? L’article 5 du traité fondateur, qui repose sur un engagement moral d’assistance, conserve‑t‑il toute sa force ?
Une défense européenne qui se structure
La défense commune s’organise. L’Allemagne annonce son « Zeitenwende » en 2022. En mars 2025, le Conseil européen valide un Livre blanc qui marque une étape importante. Les dépenses militaires sortent désormais du calcul du déficit. De nouveaux instruments financiers apparaissent et la Banque européenne d’investissement soutient les projets de défense. La clause de préférence européenne offre aux industries une visibilité à long terme. Des coopérations renforcées se développent, souvent avec le Royaume‑Uni, pour consolider une coopération européenne de défense plus crédible.






