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Frappes contre l’Iran – Évaluation de l’impact sur les marchés

conflit Iran impact pétrole et matières premières

Par Christian Schulz, économiste en chef chez Allianz Global Investors

Résumé : Les marchés subissent un choc important, mais pas encore déstabilisant, suite aux frappes américaines et israéliennes contre des cibles militaires iraniennes. La conséquence immédiate est une réévaluation des risques extrêmes, avec une possible hausse des prix du pétrole, une baisse des actifs risqués et une hausse des valeurs refuges. Cependant, l’évolution de la situation dépendra largement de l’éventualité d’une instabilité régionale ou intérieure plus large.

Les frappes aériennes américaines et israéliennes, ainsi que les attaques iraniennes en représailles, ont accru le risque d’une guerre à grande échelle au Moyen-Orient.

Le décès du guide suprême iranien augmente les chances d’un changement de régime et d’une instabilité prolongée en Iran, tout en pouvant réduire le risque d’un conflit régional durable.

Les marchés exigeront probablement une prime plus élevée, au moins temporairement, jusqu’à ce que la situation intérieure de l’Iran et les intentions de ses partenaires géopolitiques se clarifient.

Nous pensons que les prix du pétrole augmenteront probablement, même si une fermeture durable du détroit d’Ormuz reste improbable pour le moment. Sur les marchés financiers en général, les bons du Trésor américain, le dollar et l’or pourraient progresser, tandis que les actions pourraient connaître une forte correction, potentiellement de courte durée.

Le paysage géopolitique a connu un bouleversement majeur après le lancement, le samedi 28 février, d’importantes opérations aériennes menées par les États-Unis et Israël contre des cibles militaires iraniennes. Ces opérations visaient à affaiblir les capacités balistiques de l’Iran et une grande partie de son infrastructure navale. Le dimanche matin, la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a été confirmée. Le Croissant-Rouge iranien a annoncé que plus de 200 personnes avaient péri à travers le pays.

L’Iran a riposté par des tirs de roquettes et de drones contre Israël. Le Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis, qui abritent des bases militaires américaines, ont déjoué les attaques de représailles iraniennes. Le Koweït, la Jordanie et l’Arabie saoudite ont également déclaré avoir intercepté des attaques iraniennes.

Le président américain Donald Trump a publiquement exhorté les troupes iraniennes à déposer les armes et a encouragé la population iranienne à contester le régime une fois les opérations américaines et israéliennes terminées. À notre avis, ces déclarations soulignent que les objectifs politiques peuvent dépasser le cadre d’une simple frappe militaire, même si une stratégie de changement de régime à grande échelle demeure incertaine.

Ces dernières semaines, nous avons examiné quatre scénarios possibles quant à l’évolution des tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran concernant le programme nucléaire iranien :

Mesures non militaires pour faire progresser les négociations.

Intervention militaire sans changement de régime.

Changement de régime.

Escalade d’un conflit régional.

Les marchés financiers rouvriront après les attaques, confrontés à une situation intermédiaire entre les scénarios 2 et 3, avec un risque réel de débordement vers un conflit régional plus étendu (scénario 4).

Le décès de M. Khamenei accroît la probabilité d’un changement de régime et d’une instabilité prolongée en Iran. Cependant, cette situation pourrait être perçue plus favorablement par les marchés, car elle réduit potentiellement le risque de conflit régional et rend plausibles des perspectives à long terme plus positives (par exemple, un Iran plus modéré et conciliant). Néanmoins, des risques importants persistent, toute transition étant semée d’embûches (le pire des scénarios étant la guerre civile et/ou l’effondrement économique).

Ces dernières semaines, nous anticipions les scénarios 2 et 3 comme les plus probables. Les cours du marché avant les attaques semblaient confirmer cette hypothèse.

Pétrole : les scénarios les plus favorables sont désormais exclus

Même après l’ajustement de la prime de risque la semaine dernière, nous prévoyons une hausse des prix du pétrole. Le scénario 3 paraissant de plus en plus probable, le Brent pourrait progresser en début de semaine, les marchés intégrant désormais les scénarios les plus favorables. Point important :

Une perturbation directe des exportations iraniennes aurait des conséquences limitées, compte tenu des sanctions déjà en vigueur. En revanche, les livraisons à la Chine pourraient être affectées : ce géant asiatique absorbe la grande majorité des exportations de pétrole iranien.

Les marchés pourraient être contraints d’envisager des scénarios plus probables de perturbation significative de l’approvisionnement : instabilité intérieure, sabotage ou tensions régionales.

Une fermeture durable du détroit d’Ormuz reste improbable pour l’instant, mais constitue un risque extrême non négligeable, compte tenu de l’importance stratégique de ce point de passage crucial pour les flux mondiaux de pétrole et de GNL.

Pour le moment, la trajectoire à court terme la plus plausible est une volatilité accrue, mais pas une baisse durable des prix vers les niveaux associés au scénario 4.

Marchés du gaz : répercussions immédiates limitées, mais risques extrêmes susceptibles de s’amplifier

Contrairement au pétrole, les prix mondiaux du gaz pourraient ne connaître qu’une réaction modeste en début de semaine, car l’offre de gaz naturel liquéfié (GNL) n’est pas directement affectée. Cependant, face à la rhétorique iranienne liant la crise à une « résistance régionale » et à l’incertitude persistante quant à un éventuel alignement de la Russie ou de la Chine, les marchés pourraient commencer à intégrer une plus grande incertitude concernant les routes d’approvisionnement régionales. Les risques extrêmes liés à des flambées des prix du GNL s’accroissent donc, même si les anticipations restent modérées.

Marchés financiers : possible repli vers la qualité

Au-delà des marchés de l’énergie, le sentiment de risque se détériorera, notamment si :

Réaction iranienne

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