Home / International / Aukus : la rupture qui a humilié Paris

Aukus : la rupture qui a humilié Paris

La formule a claqué comme un verdict. Jean‑Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères, a dénoncé un « coup de poignard dans le dos », fustigeant un « comportement inacceptable entre alliés ». Rarement Paris aura exprimé avec une telle vigueur son indignation envers des partenaires historiques. Et pour cause : dans un geste presque sans précédent, Emmanuel Macron a rappelé les ambassadeurs de France à Washington et à Canberra, signe d’une crise diplomatique d’une ampleur inhabituelle entre pays alliés.

Un contrat stratégique balayé d’un revers de main

La colère française trouve son origine dans l’annonce du pacte Aukus, conclu entre les États‑Unis, le Royaume‑Uni et l’Australie. En choisissant de se doter de sous‑marins à propulsion nucléaire fournis par ses nouveaux partenaires anglo‑saxons, Canberra a brutalement rompu un contrat majeur signé avec la France. Un accord qui représentait bien plus qu’une simple vente d’armement.

À Londres, Boris Johnson a tenté d’apaiser les tensions, assurant que la France n’avait « rien à craindre » de cette alliance stratégique. Mais les gestes diplomatiques ont trahi l’atmosphère électrique : la rencontre prévue entre la ministre française des Armées, Florence Parly, et son homologue britannique Ben Wallace a été purement et simplement annulée. Lord Ricketts, ancien ambassadeur du Royaume‑Uni en France, a confirmé que les discussions bilatérales étaient « reportées à une date ultérieure », manière élégante de reconnaître un refroidissement manifeste.

Un enjeu diplomatique majeur pour Paris

Pour la France, l’affaire dépasse largement la dimension contractuelle. Elle touche au cœur de sa stratégie indo‑pacifique, patiemment construite depuis plusieurs années. Emmanuel Macron ambitionnait de renforcer la présence française dans cette zone devenue l’un des théâtres géopolitiques les plus disputés du monde. Le partenariat avec l’Australie, tout comme celui noué avec l’Inde, constituait l’un des piliers de cette vision, face à l’expansion chinoise dans la région.

La rupture du contrat fragilise donc un édifice diplomatique que Paris s’efforçait de consolider, et remet en question la fiabilité des alliances dans un contexte international de plus en plus tendu.

Un séisme économique pour l’industrie française de défense

L’enjeu était également industriel. L’accord prévoyait la construction par Naval Group de douze sous‑marins conventionnels de classe Attack, dérivés des Barracuda français. Un programme colossal, qualifié de « contrat du siècle », estimé à 50 milliards de dollars australiens, soit environ 31 milliards d’euros.

Si les bâtiments devaient être assemblés en Australie, 60 % des dépenses devaient être réalisées localement, avec l’embauche de milliers de salariés sur place. Pour Naval Group, implanté dans une dizaine de villes françaises, l’impact économique et technologique était considérable.

Une crise révélatrice d’un monde en recomposition

Au‑delà de l’amertume immédiate, l’affaire Aukus révèle une réalité plus profonde : la recomposition des alliances et la montée des rivalités stratégiques dans l’Indo‑Pacifique. Pour la France, elle marque un revers cinglant, mais aussi un rappel brutal de la compétition féroce qui se joue désormais sur la scène internationale.

Étiquetté :

2 Commentaires

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You don't have permission to register
error: Content is protected !!