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Ambazonie : aux origines d’un conflit qui s’enlise

L’Ambazonie, territoire autoproclamé dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, est née d’un long enchevêtrement d’héritages coloniaux, de promesses constitutionnelles non tenues et de frustrations accumulées. Depuis 2017, ce nom — choisi pour rompre symboliquement avec l’appellation « Cameroun » — s’est imposé comme le drapeau d’une revendication identitaire qui, de revendication politique, s’est muée en conflit armé.

L’histoire de cette région remonte aux partages coloniaux du XIXᵉ siècle, lorsque la baie d’Ambas passe successivement sous influence britannique, allemande puis de nouveau britannique après la Première Guerre mondiale. En 1961, le Cameroun méridional anglophone choisit de rejoindre la République du Cameroun, donnant naissance à un État fédéral rapidement dissous en 1972. Pour une partie de la population anglophone, cette transition vers un État unitaire marque le début d’une marginalisation durable.

À partir des années 1990, les revendications s’organisent : conférences, déclarations, mouvements autonomistes. La Déclaration de Buéa en 1993 cristallise les griefs et appelle à un retour au fédéralisme. Les proclamations symboliques d’indépendance se multiplient, sans reconnaissance internationale mais avec une portée politique croissante.

La crise bascule en 2016, lorsque enseignants et juristes dénoncent la francophonisation des institutions et la mise à l’écart de la common law. La répression des manifestations, les arrestations et les coupures d’Internet radicalisent une partie du mouvement. En 2017, une frange séparatiste proclame l’indépendance de l’Ambazonie. Le conflit s’enlise alors dans une violence quotidienne : attaques, enlèvements, incendies d’écoles, exactions commises par les groupes armés comme par les forces de sécurité.

Les conséquences humaines sont considérables. Plusieurs milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés internes, des dizaines de milliers de réfugiés au Nigeria. Les massacres, comme celui de Ntumbaw en 2020, ont marqué les esprits. Les procès de leaders séparatistes, dont Sisiku Julius Ayuk Tabe, n’ont pas apaisé les tensions. Le conflit continue de fracturer durablement les régions anglophones.

L’Ambazonie n’est pas seulement un territoire contesté : elle est devenue le révélateur des fragilités d’un État postcolonial confronté à la question de son unité. Elle interroge la capacité du Cameroun à réinventer un cadre politique capable de reconnaître sa diversité sans céder à la fragmentation. Dans cette crise se joue bien plus que l’avenir d’un territoire : c’est la cohésion même du pays qui est en question.

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