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Retraites : le grand plan secret de la capitalisation

Retraites : le grand plan secret de la capitalisation

Dans le secret des cabinets, des think tanks libéraux et des banques d’affaires, une révolution silencieuse s’organise. Face au mur démographique et au gouffre financier des régimes par répartition, figures politiques de premier plan et technocrates préparent les esprits — et les textes — à l’introduction d’une dose de capitalisation. Révélations sur un réseau d’influence aux portes du pouvoir.

C’est un tabou politique solidement ancré depuis les ordonnances de 1945, mais un tabou dont les coutures craquent de toutes parts. Officiellement, personne au sommet de l’État ne remet en cause le dogme de la répartition. Officieusement, l’idée d’un « big bang » intégrant la capitalisation n’a jamais été aussi mature.

De l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à la figure montante des Républicains David Lisnard, jusqu’au groupe Horizons et aux proches de Gabriel Attal, les grandes manœuvres ont commencé. En coulisses, une garde rapprochée de hauts fonctionnaires de Bercy, d’économistes chevronnés et de stratèges financiers conçoivent l’infrastructure du futur modèle français.

La galaxie Édouard Philippe : la théorisation du « modèle mixte »

Au sein du parti Horizons, la réflexion ne date pas d’hier. Édouard Philippe, échaudé par le fiasco de sa réforme des retraites de 2020, tire désormais les enseignements de ses échecs. Entouré d’anciens conseillers de Matignon et de figures du réseau Fondapol (Fondation pour l’innovation politique, dirigée par Dominique Reynié), le maire du Havre affine une doctrine audacieuse : préserver le premier étage par répartition tout en créant un second étage obligatoire par capitalisation, abondé par une fraction des cotisations sociales ou un fonds souverain national.

Parmi les architectes de cette ligne, on croise des figures clés de la finance publique et des assureurs, convaincus que la France ne pourra pas faire l’économie d’un modèle à la suédoise. L’objectif avoué : capter une partie de l’épargne colossale des Français — plus de 5 800 milliards d’euros — pour financer l’économie réelle tout en assurant un rendement supérieur à la démographie stagnante.

David Lisnard et la droite libérale : l’offensive de la rupture

Du côté de Cannes, le ton est plus offensif. David Lisnard, président de l’Association des maires de France et fondateur de Nouvelle Énergie, ne s’embarrasse pas de précautions de langage. Entouré d’experts libéraux issus de l’Institut Montaigne et de spécialistes de la gestion d’actifs, le maire de Cannes plaide pour un choc de liberté individuelle :

  • Un système de comptes individuels de retraite fondé sur des droits réels.
  • Une liberté de départ modulable en fonction du capital accumulé.
  • Un dégrèvement fiscal massif pour les versants volontaires sur les plans d’épargne retraite (PER).

Pour les réseaux Lisnard, il ne s’agit plus d’ajuster l’âge légal ou la durée de cotisation, mais de changer de paradigme en responsabilisant le cotisant.

La macronie et l’aile Attal : l’approche technocratique du PER universel

Rue de l’Université et dans les bureaux de Renaissance, Gabriel Attal et ses proches privilégient une stratégie plus feutrée. À l’origine de la démocratisation du PER sous la loi Pacte de 2019 lorsqu’ils étaient aux manettes à Bercy, les jeunes technocrates du mouvement incitent au développement de l’actionnariat salarié et de la capitalisation collective d’entreprise.

Le constat des experts : Sans une capitalisation publique ou encadrée, les retraites futures deviendront une fabrique d’inégalités entre ceux qui ont les moyens de s’offrir un PER privé et ceux qui restent dépendants d’un système obligatoire à bout de souffle.

L’idée poussée en sous-main par certains conseillers de la majorité élargie : rendre obligatoire l’adhésion à un fonds de pension d’entreprise par défaut (sur le modèle du Auto-Enrolment britannique), avec possibilité d’opt-out. Une révolution indolore en apparence, mais décisive sur le plan structurel.

Vers un consensus inévitable ?

Si les sensibilités diffèrent sur les modalités — fonds souverain d’État pour les uns, gestion privée sous contrainte réglementaire pour les autres —, le constat réunit l’ensemble de ces technocrates et dirigeants : le statu quo budgétaire est intenable.

Reste désormais à franchir l’obstacle politique. Face au barrage syndical et à la défiance d’une opinion publique historiquement attachée à la répartition, ces éminences grises s’activent pour bâtir le récit d’une « capitalisation solidaire », clé de voûte de la souveraineté financière française de demain.

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