Alors que la pénurie de corticoïdes ou d’amoxicilline est devenue une source de résignation anxieuse pour des millions de Français, le discours officiel pointe invariablement les mêmes suspects : la dépendance aux usines asiatiques ou l’explosion de la demande mondiale. Cette narration commode occulte une réalité bien plus scandaleuse : le pillage en bande organisée de nos stocks nationaux, au cœur même du marché intérieur européen.
Par le mécanisme méconnu des « exportations parallèles », des grossistes-répartiteurs rachètent légalement des molécules à bas coût dans les pays qui régulent fermement les prix du médicament — comme la France, la Grèce ou la Pologne — pour les écouler au plus offrant en Allemagne, en Hollande ou en Scandinavie. Résultat : des boîtes de traitement réservées par les laboratoires aux usagers du réseau français s’évaporent avant d’atteindre les officines, captées par la rentabilité financière d’intermédiaires spéculateurs.
Cette application cynique du libre-échange à des biens de première nécessité crée de véritables zones d’ombre thérapeutiques sur le continent. Comment tolérer que Bruxelles, si prompte à normer la moindre filière industrielle, laisse s’installer un arbitrage marchand au détriment de la santé des citoyens ? La souveraineté sanitaire ne se jouera pas seulement à Shanghai ou à Hyderabad, mais dans la capacité de la puissance publique à verrouiller cette fuite silencieuse avant que la confiance dans notre pacte de soins ne vole en éclats.






