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Agriculture : la surproduction de pommes de terre menace l’équilibre des cours en France

Agriculture : la surproduction de pommes de terre menace l’équilibre des cours en France

Attirés par de belles perspectives industrielles, de nombreux agriculteurs ont massivement augmenté les surfaces cultivées. Résultat : une récolte 2025 record qui déstabilise le marché libre et fragilise les prix au producteur.

Le tubercule préféré des Français est-il victime de son propre succès ? Après deux années d’euphorie portées par une forte demande de la transformation industrielle — notamment pour la fabrication de frites surgelées —, la filière française de la pomme de terre touche du doigt les limites d’un emballement des surfaces. Selon les données des Chambres d’agriculture, la récolte 2025 s’apprête à battre un record absolu, au risque de plonger une partie de la profession dans une zone de fortes turbulences.

En deux ans à peine, la surface consacrée à la culture de la pomme de terre en France a bondi de 25 %, pour atteindre 197 000 hectares. Une expansion portée par une nouvelle vague de producteurs attirés par la promesse de rendements attractifs, alors que l’accroissement des surfaces chez les maraîchers historiques est resté mesuré. Résultat : la production nationale pourrait approcher cette saison le volume vertigineux de 8,5 millions de tonnes.

Le marché libre sous la pression des industriels

C’est dans le cœur de la production française, les Hauts-de-France — qui concentrent à eux seuls 60 % des surfaces nationales —, que ce choc d’offre se fait le plus durement ressentir. Si la récolte est abondante, son écoulement s’avère nettement plus complexe.

La filière marche en effet sur deux jambes : le marché du frais (vendu directement en grande surface) et l’approvisionnement des usines de transformation. C’est sur ce second segment que les tensions sont les plus vives. Les producteurs ayant signé des contrats à prix fixes échappent pour l’instant à la tempête. En revanche, sur le marché libre (hors contrat), les cours s’effondrent. Face à cette surabondance de tubercules, certains acteurs industriels exercent une pression féroce sur les prix, proposant des tarifs de rachat qui contraignent les agriculteurs à vendre à perte.

L’exportation et la qualité du frais comme remparts

Malgré ce ciel assombri, la filière dispose de deux amortisseurs majeurs pour éviter un effondrement global du secteur. D’une part, le marché de la pomme de terre fraîche de consommation reste relativement stable, avec un volume annuel régulier d’environ un million de tonnes. La qualité exceptionnelle de la récolte de cette année prémunit, pour l’instant, les producteurs d’une grande braderie en rayon.

D’autre part, la France confirme pour la deuxième année consécutive son rang de premier exportateur mondial de pommes de terre. La dynamique des ventes à l’international offre une soupape de sécurité indispensable pour absorber les excédents nationaux. Mais le message des représentants agricoles demeure clair : sans une régulation plus stricte et un recours accru à la contractualisation, la course aux volumes risque de transformer une moisson d’abondance en piège économique.

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