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Pourquoi le dieu Bès est le véritable héros oublié de la mythologie égyptienne

le dieu Bès

Quand on pense à la mythologie égyptienne, ce sont toujours les mêmes images qui reviennent : des temples grandioses, des pharaons solennels et des divinités majestueuses à tête d’animal, comme Anubis ou Horus. Pourtant, la véritable foi des Égyptiens ne vibrait pas uniquement dans les sanctuaires officiels de Karnak ou de Louxor. Elle battait au cœur même des maisons. Et au centre de cette intimité familiale se tenait une figure aussi fascinante qu’atypique : le dieu Bès.

Il est temps de redonner à ce dieu protecteur du foyer la place qu’il mérite. Loin d’être une simple figure secondaire, Bès incarne l’essence même de la vie quotidienne en Égypte antique, en particulier à partir du Nouvel Empire égyptien.

L’anti-héros de l’art égyptien

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Dans un art égyptien ultra-codifié où les corps sont éternellement représentés de profil, Bès fait figure de vrai rebelle. Il est l’un des rares dieux à nous regarder droit dans les yeux, de face. Ce choix visuel unique n’a rien d’un hasard : il rappelle ses liens profonds avec le soleil, dont il est un avatar direct.

Sur le plan physique, Bès bouscule tous les canons de beauté. C’est un dieu nain aux jambes courtes, aux longs bras et doté d’une queue de lion. Son visage, encadré par des sourcils imposants et une barbe hirsute, a de quoi intimider. Pourtant, sous cette allure de félin grognon vêtu d’une peau de léopard, se cache le dieu le plus jovial du panthéon. Armé d’une harpe, d’une lyre ou d’un tambourin, il préfère la musique, la danse et la fête aux longs discours théologiques.

Le « Combattant » du quotidien

Si la popularité de ce dieu originaire du Soudan — introduit sous la XIIe dynastie — a littéralement explosé, c’est parce qu’il était le plus proche des soucis réels de la population. Surnommé « Le Combattant », Bès assurait une protection totale au quotidien.

Il était le bouclier ultime de la famille. Dans la nature, il faisait fuir les scorpions, les serpents et les redoutables crocodiles du Nil. La nuit, en tirant une langue menaçante et en faisant d’affreuses grimaces, il chassait les mauvais esprits pour offrir un sommeil paisible aux habitants. Mais surtout, Bès était l’ange gardien de la maternité et de l’accouchement. Il dansait et jouait de la musique autour du lit des femmes enceintes et des nouveau-nés pour tenir les démons à distance.

Cet amour du peuple pour son dieu a laissé d’innombrables traces. On retrouvait des amulettes égyptiennes de Bès absolument partout : sculptées sur les têtes de lit, gravées au dos des miroirs, dessinées sur les pots à maquillage, et même tatouées sur la cuisse des danseuses qui en avaient fait leur patron.

La résistance spirituelle face à Pharaon

La meilleure preuve de la force du culte de Bès se trouve dans l’histoire de la cité d’Amarna. Lorsque le pharaon « hérétique » Akhenaton imposa le culte unique d’Aton et interdit de prier les autres divinités, le peuple organisa une véritable résistance spirituelle. Dans les ruines des maisons de la ville, les archéologues ont retrouvé des petites statues de Bès cachées sous le sol. Même sous la menace royale, les Égyptiens ont refusé de chasser Bès de leur foyer.

Aujourd’hui encore, l’histoire de ce dieu nain n’a pas fini de nous surprendre, comme le montrent les découvertes archéologiques menées dans l’oasis de Bahariya, qui évoquent la présence d’un temple entier dédié à son culte.

Au fond, Bès nous transmet une leçon universelle : les dieux des grands temples finissent par s’effondrer avec leurs empires, meurent avec leurs dogmes, mais les divinités du quotidien — celles qui apportent la joie, protègent la famille et veillent sur nos nuits — restent à jamais gravées dans la mémoire des hommes.

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