Là où d’autres voient une impasse, Léa Desgranges voit un marché stratégique. Dans l’écosystème financier d’Afrique subsaharienne, la microfinance s’adresse aux très petites entreprises tandis que les grandes banques réservent leurs capitaux aux entreprises démontrant déjà une très forte traction. Au centre gît le « missing middle » : des milliers de petites et moyennes entreprises (PME) en plein essor, qui ne trouvent tout simplement pas les financements dont elles ont besoin pour un développement et un fonctionnement pérennes. C’est à ce verrou structurel que cette financière franco-malgache applique aujourd’hui les méthodes de pointe de l’investissement à impact (impact investing).
Rares sont les profils à combiner une telle double culture. Diplômée en économie et gestion à l’université Paris-Dauphine puis formée aux exigences de la haute administration à l’ÉNA, Léa Desgranges allie la rigueur technique de l’ingénierie financière à une compréhension fine des mécanismes de gouvernance publique. Un bagage académique d’élite renforcé par une décennie de pratique à haut niveau : en tant que responsable de programmes pour le PNUD et l’UNCDF, elle a orchestré sur le terrain, de Dakar à Freetown en passant par Bamako, des mécanismes de financements innovants et de financement mixte (blended finance) pour les PME.
C’est forte de cette expertise opérationnelle qu’elle pose un diagnostic lucide : ce ne sont pas seulement les mécanismes d’aide internationale, mais les dispositifs privés eux-mêmes qui ne suffisent plus à combler le déficit de financement des entrepreneurs locaux. Décidée à faire bouger les lignes, elle fonde Equit’ABLE Africa. Son intuition ? Transformer l’épargne de la diaspora africaine, jusqu’ici cantonnée à du soutien familial et à l’investissement immobilier, en un levier d’investissement productif à fort impact.
Pour réussir ce pari, la fondatrice impose des standards de gestion des risques exigeants, inspirés des pratiques des fonds institutionnels. Sous sa houlette, l’entreprise applique à chaque dossier une double due diligence, mariant audit financier classique et grille extra-financière calée sur les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. En apportant aux investisseurs la transparence qu’ils exigent, Léa Desgranges s’affirme comme une figure clé de la nouvelle finance africaine : une finance exigeante, pragmatique et résolument tournée vers la souveraineté économique du continent.





