La justice suisse s’intéresse désormais de très près à Sylvia Bongo Ondimba, ancienne première dame du Gabon, aujourd’hui exilée à Londres. Selon des informations révélées par la revue spécialisée Gotham City, le ministère public du canton de Genève a ouvert une enquête pour blanchiment d’argent portant sur plusieurs millions d’euros qui auraient transité par la Suisse. Ces fonds sont soupçonnés de provenir de détournements de ressources publiques et de faits de corruption durant la présidence d’Ali Bongo, renversé en août 2023.
Une alerte déclenchée après la chute du régime Bongo
L’affaire débute en novembre 2023, quelques mois après le coup d’État ayant mis fin au règne de la famille Bongo. Les autorités genevoises reçoivent alors une première information laissant penser que des capitaux d’origine illicite auraient été transférés en Suisse par l’ex‑première dame.
Le parquet ouvre une instruction afin de déterminer l’origine exacte des fonds et d’identifier les circuits financiers utilisés. Dans ce cadre, le Gabon est officiellement sollicité pour fournir des éléments permettant d’étayer l’enquête.
Libreville se constitue partie plaignante
Fait notable : au lieu de répondre à la demande d’entraide judiciaire, Libreville choisit de déposer une plainte à Genève pour se constituer partie plaignante dans la procédure. Une démarche qui vise à représenter les intérêts de l’État gabonais, potentiellement lésé par les détournements présumés.
Cette initiative est immédiatement contestée par les avocats de Sylvia Bongo, qui estiment que le Gabon ne peut prétendre à ce statut dans une procédure pénale suisse. Mais fin mai 2024, la chambre pénale de recours de Genève tranche : le Gabon a bien le droit d’être représenté dans l’affaire. Cette décision conforte la position des nouvelles autorités gabonaises, engagées dans une vaste opération de récupération des biens supposément détournés par l’ancien clan présidentiel.
Une procédure qui se poursuit dans la discrétion
Pour l’heure, le calendrier de l’enquête reste confidentiel. Les autorités suisses avancent avec prudence, comme c’est souvent le cas dans les dossiers de criminalité économique impliquant des personnalités politiques étrangères.
L’enjeu est double : déterminer si les fonds hébergés en Suisse proviennent effectivement de détournements de fonds publics gabonais, et établir les responsabilités individuelles dans leur transfert et leur dissimulation.
Un dossier emblématique des tensions post‑Bongo
Cette affaire illustre la recomposition en cours au Gabon depuis la chute d’Ali Bongo. Le nouveau pouvoir cherche à documenter les pratiques financières du régime déchu, à récupérer les avoirs détournés et à réaffirmer la souveraineté de l’État face aux réseaux internationaux qui auraient permis la fuite de capitaux.
L’enquête suisse, si elle aboutit, pourrait devenir l’un des volets les plus sensibles de cette entreprise de clarification. Elle met en lumière les ramifications internationales des affaires gabonaises et la manière dont certains flux financiers ont pu transiter par des places réputées pour leur discrétion.






