Joseph Ignace Guillotin, figure emblématique de la Révolution française, est le neuvième des treize enfants de Joseph‑Alexandre Guillotin et de Catherine‑Agathe Martin. Une légende raconte que sa mère aurait accouché prématurément après avoir entendu les cris d’un condamné exécuté près de leur maison, anecdote qui semble annoncer le destin tragique du nom Guillotin. Après sept années d’études théologiques au collège des jésuites de Bordeaux, où il obtient son baccalauréat, il devient professeur au collège des Irlandais avant de se tourner vers la médecine, discipline dans laquelle il s’illustre rapidement. Il étudie à Reims puis à Paris, obtient en 1770 son doctorat de régent et enseigne l’anatomie, la physiologie et la pathologie à la Faculté de médecine de Paris. Il partage même la clientèle des frères du roi avec Jean‑Paul Marat, tout en menant des recherches sur la rage et le vinaigre. En 1787, il épouse Marie Louise Saugrain.
À la veille de la Révolution, Guillotin se fait connaître par ses écrits politiques. Dans sa Pétition des six corps, il réclame le vote par tête aux États généraux et l’augmentation du nombre de députés du tiers état, ce qui lui vaut une condamnation de forme par le Parlement de Paris. Franc‑maçon influent, initié en 1772, il fréquente les loges les plus prestigieuses, dont celle des Neuf Sœurs, aux côtés de Voltaire, Greuze ou Vernet. Il joue un rôle essentiel dans la structuration du Grand Orient de France, avant de s’éloigner de la franc‑maçonnerie pendant la Révolution.
Élu député du tiers état de Paris en 1789, Guillotin propose la réunion dans la salle du Jeu de paume lorsque les députés se retrouvent exclus de leur salle. Il participe ensuite à l’organisation matérielle de l’Assemblée nationale et inspire la future forme en hémicycle du Palais Bourbon en suggérant une salle en demi‑cercle où tous pourraient se voir et s’entendre. Il contribue au choix de la salle du Manège, où l’Assemblée s’installe en novembre 1789, et devient l’un des secrétaires chargés d’organiser des séances souvent tumultueuses.
Le 1er décembre 1789, Guillotin, président du comité de salubrité, propose une réforme pénale fondée sur l’égalité des peines : « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l’état du coupable ». Il demande que la décapitation devienne le seul supplice et qu’une machine remplace la main du bourreau, afin de supprimer les souffrances inutiles. À l’époque, les nobles étaient décapités au sabre, les roturiers à la hache, les criminels d’État écartelés, les hérétiques brûlés, les voleurs roués ou pendus, et les faux‑monnayeurs bouillis vifs. La loi du 6 octobre 1791 adopte sa proposition : la peine de mort consistera désormais en la simple privation de la vie, sans torture, et tout condamné aura la tête tranchée.
La machine, mise au point en 1792 par le chirurgien Antoine Louis, est d’abord appelée Louison. Mais très vite, la presse royaliste la surnomme guillotine, contre la volonté de Guillotin, qui parlera jusqu’à sa mort de « la tache involontaire de [sa] vie ». Victor Hugo résumera cette injustice en écrivant : « Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte ; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention. » Horrifié par l’usage massif de la guillotine, Guillotin quitte Paris pour Arras, où il dirige les hôpitaux militaires. Emprisonné en 1795, il est libéré un mois plus tard.
Il consacre ensuite sa vie à la santé publique, promeut la vaccination contre la variole, préside le Comité central de vaccine et rencontre le pape Pie VII en 1805. Il fonde la Société Académique de Médecine, ancêtre de l’actuelle Académie nationale de médecine. Contrairement à une légende tenace, Guillotin n’a jamais été exécuté par la guillotine : un autre médecin lyonnais portant le même nom en fut victime. Joseph Ignace Guillotin meurt chez lui, rue Saint‑Honoré, le 26 mars 1814, d’un anthrax à l’épaule gauche. Il est inhumé au Père‑Lachaise, dans une tombe aujourd’hui disparue.






