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Hommage à Éric : la noblesse d’un homme, la force d’une vie

Portrait d’Éric dans un cadre rural, entouré d’animaux, reflétant sa bienveillance, son lien profond avec le vivant et son engagement pour la ruralité.

Il est des êtres dont la disparition laisse derrière eux un silence particulier, celui que l’on associe aux présences qui comptent. Éric appartenait à cette catégorie rare d’hommes dont la bonté n’était ni posture ni façade, mais une manière d’être au monde. Bienveillant, attentif, profondément empathique, il portait en lui une humanité simple et droite, forgée dans l’amour de la Touraine et de ses traditions.

En mai 2022, l’association 100 chances, 100 emplois l’avait nommé « Parrain tout terrain ». Il accueillit ce titre avec l’autodérision joyeuse qui le caractérisait — ceux qui ont assisté à l’épisode mémorable de « l’essai de la ceinture » en sourient encore.

Un homme en fraternité avec le vivant

Éric entretenait avec les animaux un lien d’une intensité rare. Il avait recueilli tant de chevaux maltraités, les soignant avec patience, leur rendant confiance et dignité. Mais sa grande histoire fut celle du Vittorio, un cheval dont il parlait comme on évoque un compagnon de route :

« Mis entre les mains d’un cavalier de première catégorie, il avait participé au Grand Prix de Bordeaux. Je l’ai récupéré à dix ans… et il m’a tout donné. Pendant cinq ou six ans, nous avons bourlingué ensemble. Il corrigeait mes erreurs. Je pouvais le longer sans longe : il se mettait en cercle tout seul. Courageux, joueur, dominant, il avait un cœur immense. Il est mort à vingt‑sept ans, dans mes bras. »

Autour de lui gravitent aussi Jadore et Ivan, ses chiens, qui ne donnaient jamais sans leur improbable compagne : une poule dotée de sa propre gamelle. À Pin, oies, canards, poules, lapins de garenne formaient un petit monde vivant. Et parfois, la nuit, une chouette venait se poser près de lui — clin d’œil d’Athéna, déesse de la sagesse, comme un symbole discret.

Un homme de passions multiples

Éric vivait intensément, avec une curiosité insatiable.

La chasse, qu’elle soit à tir ou à courre, était pour lui un art de vivre :

Gérer un territoire, agrainer, veiller à l’eau, nettoyer, retrouver ses amis pour ces moments de convivialité qui forgent les fraternités rurales.

La culture, sous toutes ses formes :

  • philatéliste passionné,
  • lecteur exigeant (Le Rouge et le NoirGuerre et Paix, essais politiques),
  • cinéphile amoureux d’Hitchcock, de Pagnol, du Nom de la Rose,
  • musicien amateur, sonneur de trompe, joueur de guimbarde.

Les sports, qu’il pratiquait avec sérieux et enthousiasme :

  • le football, bien sûr,
  • le rugby,
  • les fléchettes,
  • champion régional du 10 000 mètres,
  • et même la danse classique, discipline qu’il évoquait avec pudeur mais fierté.

L’écriture, enfin :

Poète, il publia en 1988 un recueil dédié à son grand‑père. Il écrivit aussi des pièces de théâtre. Cruciverbiste de haut niveau, il créait des grilles publiées dans la presse.

Un gourmet assumé

Il ne reculait jamais devant une entrecôte — ou mieux, une côte de bœuf — accompagnée de frites. Et le soir venu, il savourait sa glace préférée : strawberry chocolat blanc.

Un président, un humaniste, un ami

Je viens de perdre bien plus qu’un président : j’ai perdu un ami. Un homme profondément humaniste, tourné vers les autres, habité par la cause rurale qu’il défendait avec une passion tranquille et une fidélité devenue trop rare.

Bâtisseur infatigable, il avait fondé le mouvement Ruralité, Ruralité, Humanité (RRH) pour porter la voix des campagnes, leurs souffrances comme leurs forces. Autour de lui, chaque jour, de nouveaux adhérents rejoignaient ce projet ambitieux : défendre une ruralité moderne, vivante, fière.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à nous sentir orphelins. Mais une certitude demeure : nous poursuivrons son œuvre. Pour honorer sa mémoire, mais surtout pour continuer à porter l’idéal qu’il incarnait — celui d’une campagne respectée, épanouie, pleinement reconnue dans ce qu’elle a de plus précieux : son humanité.

Claire DIMITRIADES 

Pascal ROUSSEAU

Philippe MOREAU

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