Le Carême commence le Mercredi des Cendres, mercredi 18 février 2026, et s’achève le Jeudi Saint, le jeudi 2 avril 2026, avant la célébration de la Cène du Seigneur. Cette période spirituelle, essentielle pour de nombreux chrétiens, ressurgit chaque année dans le monde professionnel, révélant la question sensible du fait religieux en entreprise. Certes, la France moderne se veut laïque, rationnelle, attachée à la neutralité. Cependant, la liberté de conscience, inscrite dans les droits fondamentaux, ne disparaît pas lorsque l’on franchit les portes du lieu de travail. Elle accompagne chaque salarié, avec ses convictions et ses pratiques.
La liberté religieuse au travail, pourtant garantie par le droit du travail, demeure mal comprise. Néanmoins, le salarié qui jeûne pendant le Carême 2026, qui souhaite assister à un office ou adapter légèrement son rythme, se heurte souvent à l’idée erronée que la religion serait affaire strictement privée, donc invisible. Cette perception, fréquente, ne repose sur aucun fondement juridique. Le cadre légal autorise l’expression religieuse tant qu’elle ne perturbe pas l’organisation de l’entreprise. Le fait religieux au travail n’est donc pas une anomalie, mais une réalité encadrée.
Le jeûne du Carême, pratique discrète, ne bouleverse ni les cadences ni les hiérarchies. Il peut néanmoins entraîner une fatigue accrue ou la nécessité d’une pause plus longue. Rien, cependant, ne justifie qu’un salarié soit sanctionné ou stigmatisé pour cette pratique spirituelle. La discrétion du Carême ne doit pas conduire à l’invisibilisation de ceux qui le vivent. La France, qui se veut patrie de la liberté, gagnerait à reconnaître que la liberté religieuse fait partie intégrante de la dignité humaine et de la diversité en entreprise.
Il n’existe certes pas de droit automatique à l’aménagement du temps de travail pour raisons religieuses. Cependant, la jurisprudence encourage la conciliation. Lorsque l’activité le permet, lorsque la demande est raisonnable, lorsque l’organisation n’en souffre pas, pourquoi refuser à un salarié de quitter plus tôt un vendredi saint ou d’assister à une messe du Mercredi des Cendres ? La laïcité en entreprise, souvent invoquée, n’interdit pas la souplesse : elle la rend possible, dès lors qu’elle s’exerce dans un cadre équilibré.
Beaucoup croient que la laïcité impose la neutralité du salarié. Néanmoins, c’est inexact. La neutralité s’impose à l’employeur — et, dans certains cas, aux agents publics — mais non au salarié du secteur privé. Celui‑ci peut exprimer sa foi, tant qu’il ne tombe pas dans le prosélytisme. Le Carême, par sa nature même, ne s’y prête guère : il relève d’un cheminement intérieur, parfois austère, toujours personnel. Le règlement intérieur peut encadrer certaines pratiques, mais il ne peut abolir la liberté de conscience.
Si le Carême suscite encore des interrogations dans le monde du travail, ce n’est pas en raison de sa pratique, mais de ce qu’il révèle : la difficulté française à penser le religieux autrement que comme un problème. Certes, la laïcité protège. Cependant, elle est parfois invoquée comme un réflexe de méfiance plutôt que comme un principe d’équilibre. Reconnaître les besoins spirituels des salariés ne revient pas à renoncer à la neutralité de l’État ni à l’unité de l’entreprise. C’est simplement admettre que l’être humain ne se réduit pas à sa fonction professionnelle.
À l’heure où les entreprises valorisent la diversité, l’inclusion et la qualité de vie au travail, il serait paradoxal d’ignorer la dimension spirituelle, qui demeure pour beaucoup un repère essentiel. Le Carême n’est pas une revendication identitaire. Il est un rappel discret que la liberté de conscience n’est pas un slogan, mais un droit vivant. Néanmoins, ce droit ne s’exerce pleinement que si employeurs et salariés acceptent d’en faire un espace de dialogue plutôt qu’un motif de crispation. C’est ainsi que la gestion du fait religieux en entreprise pourra devenir un signe de maturité collective.






