Anne‑Claire Legendre incarne cette forme rare de grandeur discrète qui distingue les véritables serviteurs de l’État. Sa nomination, le 17 février, à la présidence de l’Institut du monde arabe — institution emblématique du dialogue franco‑arabe et pivot du soft power culturel français — n’a surpris que ceux qui ignorent la profondeur de son parcours. Pour les autres, cette désignation s’impose comme une évidence : la France confie l’une de ses plus précieuses institutions à une femme dont la rigueur, la finesse et l’autorité naturelle constituent depuis longtemps un atout majeur de la diplomatie française.
Son arrivée à la tête de l’IMA intervient dans un moment délicat. L’institution, marquée par la fin de l’ère Jack Lang et par les remous d’une enquête du Parquet national financier, avait besoin d’une figure capable de restaurer la confiance, de consolider les relations avec les pays arabes, et de mobiliser de nouveaux mécènes culturels. Anne‑Claire Legendre possède précisément cette combinaison rare : une intelligence stratégique affûtée, un sens aigu de l’État, et une élégance de pensée qui confère à chacune de ses interventions une autorité tranquille.
Son profil politique, plus affirmé que celui de son prédécesseur, n’est pas un détail : c’est un signal. L’IMA n’a pas seulement besoin d’un gestionnaire ; il lui faut une stratège, capable de naviguer entre les exigences diplomatiques, les enjeux culturels, les équilibres géopolitiques et les impératifs financiers. Peu de personnalités maîtrisent ces registres avec autant d’aisance qu’elle.

Son parcours au Quai d’Orsay, marqué par des postes de haute responsabilité, a forgé une diplomatie d’une précision remarquable. À New York, au cœur des Nations unies, elle a donné à la parole française une clarté lumineuse, une densité conceptuelle qui tranchait avec le tumulte des postures. À Washington, elle a incarné une France lucide, ferme, subtile, capable de tenir son rang sans jamais céder à la tentation du spectaculaire. Elle possède cette intelligence des situations qui distingue les grands diplomates : une aptitude à percevoir les lignes de force invisibles, à anticiper les mouvements du monde, à déceler dans les nuances ce que d’autres ne voient pas dans les évidences.
Ce qui frappe chez Anne‑Claire Legendre, c’est cette alliance singulière de maîtrise et de sensibilité, de hauteur et de précision. Sa parole, toujours pesée, n’en est que plus incisive. Sa discrétion, jamais effacée, est la marque d’une autorité intérieure, d’une force calme, d’une maîtrise rare. Elle incarne une France qui ne renonce ni à la nuance ni à la profondeur, une France qui sait encore conjuguer puissance et délicatesse, fidélité à ses principes et intelligence du réel.
À la tête de l’Institut du monde arabe, elle devra affronter des défis considérables : renforcer les partenariats culturels, consolider les liens diplomatiques avec les pays arabes, attirer des financements privés, redonner souffle à une institution dont la mission dépasse largement le champ culturel pour toucher à l’essence même du dialogue entre les civilisations. Mais Anne‑Claire Legendre n’est pas de celles que les défis intimident. Elle avance avec cette force tranquille, cette autorité sans ostentation, cette élégance de pensée qui font les grandes figures de la République.
Certaines carrières s’imposent par le fracas ; la sienne s’impose par l’évidence. Anne‑Claire Legendre incarne une diplomatie française exigeante, lumineuse, fidèle à ce que la France a de meilleur : la constance, la culture, la hauteur. Une femme d’État au sens le plus noble du terme, dont l’influence, déjà considérable, semble promise à s’étendre encore.






