Il est des présences qui ne s’imposent pas, mais qui infusent. Des êtres dont la douceur n’est pas faiblesse, mais une force patiente, presque lumineuse, capable de relever ce que la vie a courbé. Mélanie Paolettoni est de ceux‑là. Elle avance dans le monde avec cette manière rare d’écouter les corps comme on écoute une confidence, de percevoir dans un souffle hésitant la promesse d’un mouvement possible. Et c’est peut-être cela, au fond, qui fait d’elle une figure si singulière dans le domaine de la danse adaptée en oncologie : une capacité à voir la beauté là où d’autres ne voient que la fatigue, à reconnaître la dignité là où la maladie impose ses ombres.
Certes, son parcours artistique est d’une grande exigence. Formée au Conservatoire de Marseille, nourrie par les techniques de Mat Mattox et de Martha Graham, diplômée d’État dès 1997, elle a traversé la danse avec la rigueur d’une professionnelle accomplie. Cependant, ce serait manquer l’essentiel que de réduire son histoire à une succession de réussites. Car chez elle, la danse n’a jamais été un simple métier : elle est toujours un langage intime, un souffle, une manière d’habiter le monde avec délicatesse.
Néanmoins, après les scènes internationales, après la création chorégraphique, après les années d’enseignement au Centre Chorégraphique Olga Séménova, Mélanie Paolettoni a senti que son geste devait se tourner vers un autre horizon. Un horizon plus fragile, plus nu, plus essentiel : celui des patients atteints de cancer, celui des corps éprouvés, celui des vies suspendues. Elle a compris que la danse pouvait devenir un soin, un soutien, un refuge. Et elle a choisi d’y consacrer son énergie, son intelligence, sa tendresse.
Pour cela, elle n’a rien laissé au hasard. Diplôme Universitaire Sport et Cancer, formation en art‑thérapie et danse‑thérapie, cursus en psychologie, rôle consultatif au Conseil International de la Danse : autant de jalons qui témoignent d’une volonté rare de comprendre l’humain dans sa totalité. Elle a voulu que sa pratique repose sur une connaissance fine du soin holistique, du bien‑être des patients, de la manière dont le mouvement peut accompagner la douleur, l’angoisse, la fatigue. Elle a voulu que la danse devienne un véritable soin de support.
À l’Hôpital de la Timone, notamment aux côtés du Professeur Laetitia Padovani, elle a fait de la danse adaptée en oncologie un espace de respiration. Là où la maladie resserre l’horizon, elle ouvre une fenêtre. Là où le corps se replie, elle invite à une lente reconquête. Là où la peur s’installe, elle propose un geste, parfois minuscule, mais qui suffit à rappeler que la vie circule encore. Plus de deux cents patients ont traversé cet espace qu’elle crée, et tous, d’une manière ou d’une autre, portent en eux la trace de cette rencontre : un souffle apaisé, une mobilité retrouvée, une confiance qui revient.

Cependant, ce qui distingue profondément Mélanie Paolettoni, c’est son refus de laisser l’hôpital définir les limites du soin. Elle sait que l’après est parfois plus difficile que le traitement. Elle sait que la solitude peut peser plus lourd que la douleur. C’est pourquoi elle a créé des cours de danse adaptée hors les murs, pour que le lien ne se rompe jamais. Elle y accueille des patientes avec une douceur qui enveloppe sans jamais enfermer. Elle leur offre un espace où l’on vient non pour performer, mais pour se retrouver, pour réapprendre à aimer son corps, même lorsqu’il porte les marques du combat.
Voilà comment Mélanie Paolettoni incarne une vision profondément humaniste du soin. Elle rappelle que le corps n’est pas un simple organisme, mais un territoire sensible, un lieu de mémoire, un espace de symboles. Elle rappelle que le mouvement peut être un acte de résistance, un acte de reconstruction, un acte de liberté. Et, ce faisant, elle redonne à la danse sa fonction la plus ancienne, la plus noble, la plus nécessaire : réparer le vivant là où il vacille.
Dans un monde qui accélère, qui fragmente, qui oublie parfois la profondeur de l’expérience humaine, son geste se tient à contre-courant. Il ne cherche ni l’effet ni la performance ; il cherche la justesse. Il ne promet pas la guérison ; il offre la dignité. Il ne transforme pas la maladie ; il transforme le rapport à soi. Et c’est peut‑être là, dans cette attention infiniment douce, dans cette présence qui ne cède jamais, que réside la véritable grandeur de son œuvre.
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