Comprendre la crise des Rohingyas pour savoir comment aider suppose d’abord de reconnaître l’ampleur du drame humain qui se joue loin des regards. Depuis des années, un peuple entier survit dans l’exil, relégué aux marges du Myanmar puis du Bangladesh, comme si son malheur relevait d’une fatalité géopolitique à laquelle nul ne pourrait plus rien. Les Rohingyas ne sont pourtant pas une abstraction statistique : ils incarnent l’un des échecs les plus persistants de notre époque, celui d’une communauté internationale incapable de prévenir leur persécution comme de garantir leur avenir.
Aujourd’hui, plus de 1,5 % de la population mondiale est déplacée de force. Cette donnée, vertigineuse, rappelle que la tragédie rohingya n’est qu’un fragment d’un phénomène global. Le HCR, qui protège les réfugiés, les apatrides et les déplacés internes, tente de répondre à cette réalité en subvenant à leurs besoins essentiels et en garantissant le respect de leurs droits humains, où qu’ils se trouvent. Avec une présence dans plus de 135 pays et plus de 18 000 collaborateurs, dont 91 % déployés sur le terrain, l’organisation fournit une aide immédiate à ceux qui fuient conflits et persécutions. Au‑delà de l’urgence, elle s’efforce d’offrir des solutions durables, seule voie possible vers un avenir qui ne soit pas seulement une survie.
Mais pour les Rohingyas, cet avenir demeure suspendu. Dans les camps de Cox’s Bazar, devenus les plus vastes du monde, le provisoire s’est mué en condition permanente. Les abris de bambou résistent mal aux moussons, les incendies se multiplient, l’accès à l’éducation reste dérisoire, et l’absence de statut légal enferme des générations entières dans une forme d’immobilité politique. Le Bangladesh, déjà sous pression démographique, ne peut absorber durablement une population aussi nombreuse. Quant au Myanmar, il n’offre aucune garantie crédible pour un retour sûr et digne.
Comprendre la crise des Rohingyas pour savoir comment aider, c’est donc saisir la nature profondément politique de leur situation. Leur exil n’est pas un accident, mais le résultat d’une stratégie d’exclusion méthodique : privation de citoyenneté, violences ciblées, destruction de villages, effacement administratif. Aider ne peut se réduire à répondre à l’urgence humanitaire — même si elle demeure vitale. Aider, c’est soutenir les organisations qui documentent les violations, défendre le droit international, exiger des mécanismes de protection, et refuser que l’apatridie devienne une fatalité.
Il serait trop simple de considérer cette crise comme lointaine. Elle interroge notre conception même de la communauté internationale, notre capacité à protéger les plus vulnérables, notre volonté de ne pas laisser s’éteindre la voix d’un peuple que l’histoire menace d’effacer. Redonner une visibilité aux Rohingyas, c’est déjà commencer à les aider. Le reste dépendra de notre lucidité, de notre constance et de notre refus de nous habituer à l’inacceptable.






