Les crises financières récentes ont toutes un point commun : elles n’ont pas été provoquées par un manque de réglementation, mais entre autres par un excès de confiance. Confiance dans des audits périodiques, confiance dans des états financiers figés, confiance dans des institutions dont la solvabilité était supposée acquise… jusqu’au jour où elle ne l’était plus.
FTX, 3AC, mais aussi certaines tensions bancaires plus traditionnelles ont mis en lumière une faiblesse structurelle de notre système financier : nous auditons des institutions de manière discrète, alors que les risques sont continus. Autrement dit, nous mesurons la solvabilité comme une photographie, alors qu’elle devrait être appréhendée comme un flux.
Les limites structurelles de l’audit classique
L’audit financier joue un rôle indispensable. Mais il repose sur trois hypothèses devenues fragiles :
- La solvabilité est stable entre deux dates d’audit ;
- Les actifs et passifs peuvent être correctement résumés dans un document statique ;
- La confiance dans le tiers certificateur suffit à rassurer les parties prenantes.
Ces hypothèses ne tiennent plus dans un monde de marchés interconnectés, de flux instantanés et de bilans qui peuvent se dégrader en quelques heures. Comme cela a déjà été souligné dans Les Echos (1), le problème n’est pas l’absence de règles, mais l’asymétrie temporelle entre information financière et réalité économique.
Blockchain : un changement de paradigme informationnel
La blockchain introduit une rupture conceptuelle radicale : elle permet de remplacer la confiance déclarative par la vérification cryptographique.
Dans un système blockchain, la possession d’un actif n’est pas affirmée, elle est prouvée. La connaissance d’une clé privée suffit à démontrer le contrôle effectif d’un actif, sans ambiguïté possible. Cette logique peut être étendue bien au-delà des cryptomonnaies.
C’est précisément ce que permet la Proof of Solvency (preuve de solvabilité) :
- Proof of Assets : démontrer, de manière cryptographique, la détention effective des actifs ;
- Proof of Liabilities : agréger les engagements envers les clients via des structures arborescentes (liability trees), inspirées des arbres de Merkle ;
- Zero-knowledge proofs : prouver une solvabilité globale sans révéler les données sensibles individuelles.
La solvabilité cesse alors d’être une déclaration périodique. Elle devient une propriété vérifiable à tout instant.
De la finance de la confiance à la finance de la preuve
La portée de cette approche dépasse largement le seul univers des cryptomonnaies. Elle esquisse une transformation plus profonde : le passage d’un système fondé sur la confiance institutionnelle à un système fondé sur des invariants vérifiables.
Dans ce cadre, la question n’est plus : « Faites-vous confiance à cette institution ? »
mais : « Pouvez-vous vérifier sa solvabilité maintenant ? »
Cette distinction est décisive. Elle modifie la relation entre institutions financières, clients et régulateurs. Elle réduit le risque de panique, non pas en promettant l’absence de crise, mais en rendant l’information transparente avant que la crise n’éclate.
Ces enjeux ont été détaillés à la fois dans le débat public, notamment dans Les Echos (2), et dans la littérature académique récente, en particulier dans un article publié dans Blockchains (MDPI) (3), qui formalise les mécanismes techniques et cryptographiques de la Proof of Solvency.
Une révolution inévitable et dans le long-terme
Il serait illusoire de penser que la Proof of Solvency supprimera tout risque financier. Le risque est inhérent à l’économie. En revanche, elle permet de supprimer le risque informationnel, celui qui transforme une difficulté ponctuelle en crise systémique.
Comme souvent, la révolution ne viendra pas d’un slogan, mais d’une infrastructure. La blockchain ne rend pas les acteurs plus vertueux par magie. Elle rend simplement les écarts visibles, mesurables, et vérifiables.
Et en finance, ce qui peut être prouvé finit toujours par s’imposer à ce qui doit être cru.
(2) https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cryptos-la-revolution-de-la-proof-of-solvency-2202407






