La tentative de coup d’État survenue au Bénin en décembre 2025, bien qu’avortée, a agi comme un révélateur brutal : en Afrique de l’Ouest, la stabilité politique demeure fragile, et les institutions régionales peinent à incarner le rôle d’arbitre qu’elles revendiquent. L’épisode béninois n’est pas un accident isolé ; il s’inscrit dans une dynamique plus large où les ruptures de l’ordre constitutionnel — qu’elles soient militaires, institutionnelles ou électorales — tendent à se banaliser.
Un continent où les coups d’État changent de visage
Si les putschs militaires continuent d’occuper le devant de la scène, une autre forme de rupture démocratique s’est installée : celle qui s’opère sous couvert de légalité. Révisions constitutionnelles opportunistes, manipulations électorales, confiscation progressive du pouvoir : autant de pratiques qui, sans uniformes ni armes, produisent les mêmes effets qu’un coup d’État classique.
Cette réalité est d’ailleurs reconnue par l’Union africaine dans sa Charte de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui élargit la définition du coup d’État aux atteintes institutionnelles et électorales. Pourtant, les réactions des organisations régionales restent inégales : fermes face aux putschs militaires, silencieuses face aux dérives légalisées.
La CEDEAO et l’Union africaine : une crédibilité en question
La condamnation rapide de la tentative de putsch au Bénin contraste avec la prudence — voire la passivité — observée dans d’autres crises politiques. Cette géométrie variable alimente un sentiment d’injustice et fragilise la légitimité des institutions censées défendre la souveraineté populaire.
Les peuples africains voient bien que certaines violations de l’ordre constitutionnel sont sanctionnées, tandis que d’autres sont tolérées lorsqu’elles émanent de dirigeants civils consolidant leur pouvoir. Cette incohérence nourrit une dangereuse normalisation des ruptures démocratiques.
Le Sahel, miroir d’une instabilité structurelle
Dans la région sahélienne, les coups d’État successifs traduisent l’effondrement de systèmes politiques incapables de répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux. L’armée y apparaît souvent comme la seule institution encore fonctionnelle, ce qui explique la récurrence des interventions militaires.
Mais l’instabilité ne se limite plus au Sahel : elle gagne désormais des États longtemps considérés comme stables, comme le Bénin.
Quand les institutions s’effacent devant les ambitions individuelles
La crise actuelle révèle une tension profonde entre :
- des institutions fragiles,
- des dirigeants tentés par la personnalisation du pouvoir,
- des organisations régionales hésitantes,
- des populations désabusées.
La normalisation du coup d’État — militaire ou institutionnel — est le symptôme d’un affaiblissement du contrat social. Pour restaurer la confiance, il faut replacer les institutions au-dessus des ambitions personnelles et réaffirmer la primauté de la souveraineté populaire.
Ce qu’il faut retenir
La tentative de putsch au Bénin n’est pas un simple incident : elle révèle les limites d’un système régional incapable de traiter toutes les formes de ruptures démocratiques. Tant que les organisations africaines ne sanctionneront pas toutes les confiscations du pouvoir — qu’elles se fassent en treillis ou en costume — la normalisation du coup d’État continuera de s’enraciner.






